Résumés de la 6ème rencontre « Écrans et perception » par Emmanuelle Caccamo

Cette sixième et dernière rencontre, organisée par le Laboratoire de résistance sémiotique à l’Université du Québec à Montréal, a eu lieu le  8 avril 2014,  en visioconférence avec Bordeaux 3. Avec Johanne Villeneuve, Juliette Crépet et Éric Méchoulan (discutant).

« L’écran-boîte. Retour sur le passé de la télévision, le Père-Noël et quelques fourmis » par Johanne Villeneuve*

La télévision telle qu’elle apparaît dans les foyers au courant des années 1960 réside en un « écran-boîte ». Cette dimension de l’écran comme boîte semble avoir été mise de côté dans les diverses rencontres de ce chantier de recherche. Selon Johanne Villeneuve, il paraît nécessaire de partir de l’évidence que l’écran n’a pas toujours été plat et de reconsidérer l’aspect tridimentionnel de l’écran afin de porter un autre regard sur le phénomène écranique actuel. Ainsi, sa présentation visait à retracer la généalogie formelle de la télévision. Trois grands traits permettent de saisir l’importance de la boîte. Le premier, déjà cité, concerne la tridimentionnalité de l’objet. L’appareil possède son propre espace et conserve l’idée que l’on peut entrer et sortir de la boîte. L’engouement actuel pour les films et la télé en 3D ne serait-il pas une métamorphose de cette tridimentionnalité originaire à la télévision? Deuxième point, la télévision – comme tout objet par ailleurs – cristallise les rêves et les imaginaires. Selon la chercheuse, l’imagination enfantine s’inscrit au cœur de notre rapport à la télévision  – John Logie Baird n’utilisait-il pas une marionnette ventriloque lors de ses expérimentations? En parallèle des développements de la télévision, on observe également un goût grandissant pour la miniaturisation : des poupées Barbies aux représentations cinématographiques d’humains rapetissés (The Incredible Shrinking Man, 1957). L’écran-boîte ne constitue-t-il pas un théâtre miniature? Enfin, il est question de la centralité de la télévision. Cette dernière remplace le foyer et occupe un espace important au sein de la maison dont elle est, en quelque sorte, une extension. Cet objet, tantôt meuble, tantôt portatif, tient à l’époque une place physique importante et constitue un rendez-vous convivial à ne pas manquer. Après avoir développé ces trois points à partir de l’allégorie présente dans le conte pour enfant Le Père-Noël et les fourmis, Johanne Villeneuve a insisté sur la dimension sonore de l’écran-boîte. En comparaison avec l’écran de projection du cinéma, l’écran-boîte est avant tout un objet de transmission. Il transmet non seulement des signaux de lumière, mais également du son. L’aspect sonore de la télévision est une caractéristique souvent négligée.

*Johanne Villeneuve est professeure au Département des études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. Elle est membre du CRI (aujourd’hui le Centre de recherches intermédiales sur les arts, les lettres et les techniques) depuis sa fondation. Ses recherches portent sur l’intrigue, sur les théories du récit, sur les études cinématographiques, sur les théories de l’image et de l’intermédialité. Elle s’intéresse à littérature comparée ainsi qu’à la mémoire culturelle. Elle poursuit actuellement ses recherches sur l’intermédialité du témoignage et la mémoire du XXe siècle et dirige depuis 2012 le projet « L’expérience de la guerre entre écriture et image ». Elle a publié en 2013 un ouvrage intitulé Chris Marker, La compagnie des images, aux Presses du Réel ainsi que de nombreux articles.

« Les écrans dans la ville » par Juliette Crépet*

Hybride entre l’affiche et la télévision, l’affichage numérique dans la ville est proliférant. Devantures de banques et de grands magasins, intérieurs de supermarchés et de petites boutiques, les écrans trouvent une place prégnante dans l’environnement dans un but promotionnel. Les espaces publics sont eux aussi saturés d’images numériques artistiques, informationnelles ou encore décoratives. Cette nouvelle pratique d’affichage mérite d’être saisie et typologisée. Lors de sa présentation, Juliette Crépet s’est employée à proposer des catégories pour comprendre le phénomène. Mais à quoi servent ces écrans? Il s’agit moins de vanter les mérites d’un produit ou de présenter le travail d’un artiste vidéaste : l’affichage numérique dans la ville participerait avant tout d’une ambiance, d’un milieu, nous dit la doctorante. C’est suivant ce paradigme de l’ambiance qu’elle nous a proposé de réfléchir à cette forme renouvelée d’affichage.

*Juliette Crépet est doctorante. Elle prépare sa thèse de doctorat intitulé « les écrans dans la ville » sous la direction de François Jost au sein du laboratoire du CEISME (Centre d’Etude sur les Images et les Sons Médiatiques) de l’Université de Paris 3 Sorbonne – Nouvelle. Ses recherches sur l’écran d’ambiance ont fait l’objet d’une publication dans le premier numéro de la revue Ecrans, dirigé par Jean Pierre Esquenazi. Son article intitulé « De l’usage décoratif de la télévision » traite de l’usage des programmes télévisés comme éléments d’ambiance et comme outils de décoration d’intérieur.

Discussion animée par Éric Méchoulan*

Lors de la discussion, trois termes clés ont été interrogés. Dans un premier temps, la notion de milieu. Le milieu est à la fois ce qui est entre les objets, il figure la centralité. L’écran-boîte est bien ce qui est central au sein de l’habitat familial. Mais le milieu est aussi ce qui entoure, ce qui forme un environnement. L’affichage numérique dans la ville génère un certain milieu, une certaine ambiance. Le sonconstitue la deuxième voie explorée dans le débat. L’aspect sonore fondamental de la télévision des premiers temps vis-à-vis de la mise en sourdine des écrans dans la ville forme une évolution qu’il conviendrait de problématiser. Enfin, la question de la pénétration des écrans, que cela soit dans le cercle privé ou dans l’espace public, est une piste à explorer.

*Éric Méchoulan est professeur au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. Ses recherches actuelles portent sur les sentiments politiques à l’âge classique, sur l’histoire intermédiale des idées, sur les archives et la mémoire, ainsi que sur le temps qui passe. Il a fondé et dirigé jusqu’en 2006 la revue Intermédialités.

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