Mangas et écrans : une nouvelle expérience de lecture par Emilie Lechenaut

A partir d’un terrain de recherche sur le manga dans sa dimension papier et animée, nous considérons l’écran non seulement comme une « page » mais aussi comme un territoire d’errance qui modifie le rapport à l’image et génère une nouvelle pratique de lecture : plus participative, perceptive et surtout corporelle. Ces deux supports pourtant éloignés se rencontrent dans un même cheminement visuel, une même expérience de lecture. Comme la page d’un manga, la « page écran » se dématérialise et devient un intermédiaire, une frontière poreuse ouvrant à un « espace image » qui déterritorialise le corps. Cette expérience inscrit le « lecteur-spectateur » dans un parcours qui touche à sa corporéité. Mis au centre du dispositif visuel de la « page », celui-ci ne voit plus seulement par le cerveau mais aussi par le « corps ». Pour le dire autrement, dans la lecture de ces images c’est bien plus qu’une « expérience visuelle », c’est une « expérience corporelle » de celles-ci.

L’expérience visuelle modifie le rapport à l’image en mettant en relation étroite la page, le lecteur-spectateur et le mode de lecture. La mise en scène (voire la mise en récit) de la « page écran » interagit avec le lecteur-spectateur en lui ouvrant divers champs de possibilités : celui d’une expérience à la fois corporelle et sensorielle. Ce dernier est alors dans l’expérience physique de la lecture et non dans une lecture plus traditionnelle. La dynamique visuelle génère un nouveau rapport au contenu et une lecture plus perceptive et interactive de celui-ci. Le lecteur-spectateur voit alors sa position spectatorielle modifiée. Il n’est plus seulement lecteur-spectateur de ce qu’il voit. Il devient un acteur perceptuel au sens où s’il ne peut agir sur le récit de la « page », il n’est pas totalement subordonné à lui. Depuis ses propres capacités sensorielles, il peut participer à l’efficacité du récit.

Cette technicité visuelle et narrative de la « page écran » va ainsi permettre de générer une coexistence entre le lecteur-spectateur, l’écran et ce qu’il voit. Il est co-constructeur des significations de la « page écran » et de son parcours visuel. Elle va également lui permettre de mieux se situer dans la lecture. La « page » devient alors un territoire d’errance qui fait « écran » au monde réel et fictionnel. Elle devient un espace intermédiaire qui par le flux des images place le lecteur-spectateur dans différentes temporalités. Une temporalité du réel, du fictionnel et une temporalité de l’errance. En s’inscrivant dans un espace pluriel, la page écran brouille les schémas traditionnels de lecture. Elle peut aller jusqu’à provoquer une sensation d’étrangeté et génèrer de ce fait une toute nouvelle expérience corporelle de la lecture.

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